Au Pérou, face à la répression, « les contre-pouvoirs n’opèrent pas »

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Les forces de police pénètrent dans l’Université San Marcos, à Lima, le 21 janvier 2023.

Au Pérou, les protestations en faveur de nouvelles élections, de la démission de la présidente Dina Boluarte et de la dissolution du Congrès se poursuivent depuis le 7 décembre 2022 et la destitution du président Pedro Castillo (gauche), après son coup d’Etat manqué. Pour Omar Coronel, sociologue à l’Université pontificale catholique du Pérou (PUCP), le gouvernement de Mme Boluarte a pris un virage clairement autoritaire face à un mouvement de contestation fragmenté, dans un contexte où la mémoire du conflit armé refait surface.

Les protestataires demandent la démission de Dina Boluarte. La grande marche du 19 janvier, surnommée la « prise de Lima », a-t-elle tenu ses promesses ?

Une telle mobilisation est historique. Pour un mouvement qui commence par le bas, par les villages, les zones rurales, en direction des capitales de provinces et des régions, pour aller vers Lima, on peut dire qu’il y a eu du monde. Pas assez, néanmoins, pour déstabiliser le gouvernement. D’autant plus que la marche était très fragmentée, avec un agenda éclaté, sans leaders, si ce n’est à une échelle très locale. Cette dispersion est très différente des mobilisations en Equateur, par exemple, dirigées par la Confédération des nationalités indigènes (Conaie), ou en Bolivie, avec des organisations sociales très articulées.

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C’est aussi la grande différence avec la marche de l’An 2000, la « Marche des 4 Suyos [un mouvement de protestation qui désigne les quatre parties de l’empire inca. Egalement parti des régions, il avait débouché sur la démission de l’autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), englué dans des affaires de corruption]. Il y avait des leaders, notamment Alejandro Toledo, candidat aux élections [puis président entre 2001 et 2006]. Il y avait aussi des partis de gauche, du centre, voire de centre droit, ainsi que des organisations syndicales.

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Aujourd’hui, dans les cortèges, les banderoles partisanes ou syndicales sont très discrètes. Pourquoi ?

Le secteur informel est très fort [80 % de la population travaille au noir] et ce modèle économique a fragilisé les organisations syndicales. Les partis, eux, sont très divisés. C’est l’une des conséquences du gouvernement de Pedro Castillo [élu en 2021, destitué le 7 décembre 2022 après un coup d’Etat manqué, il est critiqué pour sa mauvaise gestion et agit comme un repoussoir]. Avant lui, le bloc opposé au camp fujimoriste [droite autoritaire] englobait des gens de gauche, de centre gauche et de centre droit qui pouvaient défiler ensemble. Aujourd’hui, beaucoup des partis de gauche ont perdu en légitimité. Les gens proches du centre ne marcheront jamais avec ceux qui défendent Castillo, et vice versa. Cette situation complique la coordination pour parvenir à une mobilisation plus importante.

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